En campagne profonde

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L’estimable pari du Président Rajaonarimapianina

Il m’a très récemment été donné de rencontrer des personnes qui gravitent autour du président Rajaonarimampianina. Avant la première parole échangée avec ces hommes, j’étais dans l’attitude ambiante de celui qui doute, moi qui de base n’ai jamais soutenu le Président, d’autant plus. Plus de deux mois après son investiture, toujours pas de Premier Ministre. La constitution même de son cabinet a pris un temps fou et le chef du protocole n’a été nommé que la semaine dernière. Additionné le temps politique et le temps médiatique, tout cela est bien trop long. Conclusion première: notre président est long à la détente, voire paumé comme j’ai pu l’entendre dans mon entourage.

Pourtant ayant vu ces proches du Président agir, parfois de loin, j’en viens à me demander si Hery Rajaonarimampianina ne serait pas en train de tenter un pari inédit et très intéressant pour le pays. De source sûr, puisqu’ayant rencontré un de ceux-là, le président missionne à l’étranger une poignée d’hommes discrets chargés de débusquer des compétences. En somme, des chasseurs de têtes. Il apparaît dès lors clairement, y compris dans le discours de ces intimes du chef de l’Etat que ce dernier cherche à s’affranchir de la politique d’une part et des têtes locales de l’autre. Il n’a plus confiance en quiconque, me confiait une des personnes qui l’a rencontré à Paris dernièrement. Le Président a d’ailleurs réuni à l’occasion de ce déplacement près de 250 Malgaches de France. Sur l’air de « mifankatiava ihany » au cours d’un dîner, la délégation présidentielle faisait à ne pas en douter son marché, ou du moins était en repérage

Le pari est donc de dégager la politique, pour ne se soucier que de l’économie. Le Président multiplie les déplacements à l’étranger pour ouvrir toutes les vannes de financement possible. M’est d’avis qu’il ne nommera pas de PM avant d’avoir engrangé le maximum. Parce qu’un gouvernement, dans l’esprit de nos institutions restera une question éminemment politique : le parlementarisme calculé instauré par et pour le MAPAR (qui se retourne contre ses députés d’ailleurs), les équilibres régionaux, les dinosaures, les compromis financières, les lobbys militaro-religieux…Dans son désir le plus fou, et la chose m’a été susurrée en ces termes, il nommerait bien un technicien à la tête de son gouvernement. Au-delà du rêve, il agit assez habilement en ce sens. C’est ainsi que par un timing digne d’une guerre d’usure qui ne dit pas son nom et par de savantes nominations à la HCC, il laisse les députés s’embourber dans une traditionnelle guéguerre politicienne. Rajaonarimampianina se garde ainsi d’entraves possibles de lois partisanes que pourrait pondre les brachiosaures et surtout possède toute la latitude pour mener comme il l’entend un projet économique. Certes, on peut se dire qu’au fond il y dispose aujourd’hui d’un relatif soutien, mais nous savons tous ce que vaut la fidélité politique à Madagascar et l’entité-arbitre qu’on appelle PMP n’est qu’une sorte de plateforme mouvante encore mal identifiée.

Quel serait concrètement le projet du Président Rajaonarimampianina ? C’est un sujet qui restera à définir. Mais il est certain qu’il est d’ampleur. Un proche du Président résume ainsi la ligne stratégique : tant que ce mandat, ses actions et ses nominations se feront sur le terrain politique, le pays n’avancera pas. Ce sont les compétences qui doivent désormais compter. Il est aussi temps de mener une vraie diplomatie économique. Ça tombait bien, l’homme qui s’exprimait ainsi est un diplomate malgache. C’était une rencontre que nous avions eu le 29 mars dernier. Signe des temps, quelques jours après, dans le nouveau gouvernement français, le commerce extérieur vient pour la première fois dans l’histoire de passer sous la tutelle du ministère des Affaires Etrangères.