En campagne profonde

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L’estimable pari du Président Rajaonarimapianina

Il m’a très récemment été donné de rencontrer des personnes qui gravitent autour du président Rajaonarimampianina. Avant la première parole échangée avec ces hommes, j’étais dans l’attitude ambiante de celui qui doute, moi qui de base n’ai jamais soutenu le Président, d’autant plus. Plus de deux mois après son investiture, toujours pas de Premier Ministre. La constitution même de son cabinet a pris un temps fou et le chef du protocole n’a été nommé que la semaine dernière. Additionné le temps politique et le temps médiatique, tout cela est bien trop long. Conclusion première: notre président est long à la détente, voire paumé comme j’ai pu l’entendre dans mon entourage.

Pourtant ayant vu ces proches du Président agir, parfois de loin, j’en viens à me demander si Hery Rajaonarimampianina ne serait pas en train de tenter un pari inédit et très intéressant pour le pays. De source sûr, puisqu’ayant rencontré un de ceux-là, le président missionne à l’étranger une poignée d’hommes discrets chargés de débusquer des compétences. En somme, des chasseurs de têtes. Il apparaît dès lors clairement, y compris dans le discours de ces intimes du chef de l’Etat que ce dernier cherche à s’affranchir de la politique d’une part et des têtes locales de l’autre. Il n’a plus confiance en quiconque, me confiait une des personnes qui l’a rencontré à Paris dernièrement. Le Président a d’ailleurs réuni à l’occasion de ce déplacement près de 250 Malgaches de France. Sur l’air de « mifankatiava ihany » au cours d’un dîner, la délégation présidentielle faisait à ne pas en douter son marché, ou du moins était en repérage

Le pari est donc de dégager la politique, pour ne se soucier que de l’économie. Le Président multiplie les déplacements à l’étranger pour ouvrir toutes les vannes de financement possible. M’est d’avis qu’il ne nommera pas de PM avant d’avoir engrangé le maximum. Parce qu’un gouvernement, dans l’esprit de nos institutions restera une question éminemment politique : le parlementarisme calculé instauré par et pour le MAPAR (qui se retourne contre ses députés d’ailleurs), les équilibres régionaux, les dinosaures, les compromis financières, les lobbys militaro-religieux…Dans son désir le plus fou, et la chose m’a été susurrée en ces termes, il nommerait bien un technicien à la tête de son gouvernement. Au-delà du rêve, il agit assez habilement en ce sens. C’est ainsi que par un timing digne d’une guerre d’usure qui ne dit pas son nom et par de savantes nominations à la HCC, il laisse les députés s’embourber dans une traditionnelle guéguerre politicienne. Rajaonarimampianina se garde ainsi d’entraves possibles de lois partisanes que pourrait pondre les brachiosaures et surtout possède toute la latitude pour mener comme il l’entend un projet économique. Certes, on peut se dire qu’au fond il y dispose aujourd’hui d’un relatif soutien, mais nous savons tous ce que vaut la fidélité politique à Madagascar et l’entité-arbitre qu’on appelle PMP n’est qu’une sorte de plateforme mouvante encore mal identifiée.

Quel serait concrètement le projet du Président Rajaonarimampianina ? C’est un sujet qui restera à définir. Mais il est certain qu’il est d’ampleur. Un proche du Président résume ainsi la ligne stratégique : tant que ce mandat, ses actions et ses nominations se feront sur le terrain politique, le pays n’avancera pas. Ce sont les compétences qui doivent désormais compter. Il est aussi temps de mener une vraie diplomatie économique. Ça tombait bien, l’homme qui s’exprimait ainsi est un diplomate malgache. C’était une rencontre que nous avions eu le 29 mars dernier. Signe des temps, quelques jours après, dans le nouveau gouvernement français, le commerce extérieur vient pour la première fois dans l’histoire de passer sous la tutelle du ministère des Affaires Etrangères.

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33 raisons de voter Jean-Louis Robinson au second tour

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Il est des carrefours cruciaux dans la destinée d’une Nation. Exsangue de 4 années de brutalité, il est temps pour Madagascar de décider de la suite. Il n’existe en vérité pas de réel choix pour le second tour, sinon entre l’espoir et la validation du pillage et de la terreur. C’est pour cela que maintenant plus que jamais, je m’engage.

33 RAISONS DE VOTER JEAN LOUIS ROBINSON AU 2EME TOUR

1-      Définitivement tourner la page de ce tragique coup d’Etat qui a mis Madagascar à l’agonie

2-      A travers l’homme, une idée majeure est exprimée: celle du légalisme, de la démocratie et de la constitutionnalité dont nous sommes privés depuis presque 5 ans

3-      Le poids électoral du parti AVANA étant ce qu’il est, il n’y aura probablement ni parti unique ni micro-partis bidons qui ne sont que les couennes d’une maison-mère (du type TGV accouchant d’un  Hery Vaovao, MMM et dizaines d’autres…)

4-      Le Dr Robinson n’a pas une seule fois plongé la main dans cette fange nauséabonde appelée régime de transition, en réalité Entreprise privée spécialisée en pillage massif, actes mafieux, brigandage et terrorisme à Madagascar. Les actionnaires de cette entreprises portent ou ont porté différents masques appelé ministres, co-présidents, CT, CST et j’en passe…

5-      Le parcours de Hery Rajaonarimampianina, depuis ses études jusqu’à la direction du régime scélérat n’a qu’une obsession: l’agent. Vénalité et appât du gain sont ses seules motivations,  « qualités » qui l’ont amené au ministère des détournements, du blanchiment et des financements occultes de la transition

6-      Peut-on, à moins d’y avoir un intérêt diabolique, décemment reconduire ce régime qui ne s’est distingué que par les affaires de trafics de bois de rose, d’or, l’affaire BNI, la disparition de fourgons blindés… ?

7-      Le Dr Robinson n’est pas l’organisateur de ces élections. Élu, il ne pourra donc être accusé de bourrage d’urne ou de falsification de chiffres.

8-      Rétablir un droit fondamental (un autre) qui est victime de la névrose d’Andry Rajoelina et sa clique : le droit pour tout citoyen malagasy d’aller et venir dans son pays. Ni la feuille de route, ni aucune décision de justice ne justifie les extravagances déployées par les pions du coup d’Etat pour empêcher l’accès du territoire à Marc Ravalomanana

9-      Le choix du Dr Robinson Jean-Louis a permis un grand ménage au sein du parti de Ravalomanana gangrené par des trahisons, des luttes de petit pouvoir, l’inefficacité et les incompétences. Seuls restent ceux qui sont là pour les idées et non l’opportunisme. A veiller qu’ils ne rappliquent pas à mesure que se précise la victoire finale

10-   Le Dr Jean-Louis Robinson est un homme de vocation, qui a déjà eu des combats, des réalisations, des responsabilités, au cours d’une carrière fructueuse et riche en expérience. Trouvez donc une seule utilité publique à Hery Rajaonarimampianina, dont la seule véritable occupation n’a été que de compter et garantir l’amas de gros sous des affairistes, devenus depuis ses collègues de la transition.

11-   Avec le Dr Robinson Jean-Louis, l’électorat malagasy rompt une longue et ridicule série d’hommes présentés comme providentiels, tenant dans leurs mains le miracle de « demain tous riches ». Espoir chaque fois déçu, forcément.

12-   L’élection de Jean-Louis Robinson prouvera enfin aux yeux de la communauté et de la presse internationale que l’éviction de Ravalomanana en 2009 était loin d’être un coup d’Etat populaire, au vu de son influence et sa notoriété actuelle. Recherches à l’appui, tous les articles de presse admettent aujourd’hui que le favori de Ravalomanana est en tête des suffrages. Il y a là un début de reconnaissance du crime crapuleux (militaire, c’est pareil) de Rajoelina contre la République en 2009

13-   Jean-Louis Robinson, par l’effet rouleau compresseur du 1er tour a déterré les vieux dinosaures boueux et précocement séniles qui constituent une large partie de la classe politique malagasy actuelle. Voyez-les donc tenter de se rassembler aujourd’hui pour entraver la candidature du favori. Ils ont toujours su se rapprocher les uns des autres pour se liguer contre quelqu’un, jamais pour un projet au bénéfice du pays.

14-   Vous avez dit amnistie et réconciliation nationales? Comment croire que le bourreau Rajaonarimampianina aura envie de réconcilier demain, lui qui doit toute sa carrière politique à la pratique de la terreur. S’il y a à espérer c’est bien du côté de Jean-Louis Robinson

15-   Par solidarité avec les étudiants, les professeurs, les infirmiers, le  personnel et les usagers des CSB sacrifiés pour le festin et les poches du candidat putschiste et ses amis.

16-   Rajaonarimampianina, rappelons-le est déjà le perdant de la primaire du parti TGV. Il ne doit sa place qu’à cette manie du coup de force et du profond sentiment que l’argent permet tout. Est-il vraiment sain de voter pour un looser ?

17-   Quand bien même nous vivons sous le joug du néo-colonialisme, nous ne vivons pas moins dans un système mondialisé. L’entente cordiale entre Jean-Louis Robinson et la France couplé à l’entente entre Ravalomanana et les Etats-Unis pourraient permettre un équilibre diplomatique intéressant

18-   Jean-Louis Robinson, c’est l’alternance quand Hery Rajaonarimampianina nous promet déjà un simple jeu de chaise musical à la tête du pays. Continuer ce marasme ? Certainement pas.

19-   Ce n’est que justice et respect de nos valeurs démocratiques que les soutiens de Ravalomanana reviennent au pouvoir. La seule sanction politique admise par la démocratie est la voix des urnes. Je plaide pour laisser la mouvance Ravalomanana reprendre son mandat là où il a été confisqué pour que les Malagasy puissent à nouveau être seuls juges de leur choix. Si les militaires avaient assez d’intelligence pour s’y substituer, ça se saurait.

20-   D’un côté nous avons un homme de médecine, qui saura soigner Madagascar de son coma avancé, de l’autre un calculateur véreux que tous les croque-morts envieraient. Alors Madagascar, on l’enterre ou on la soigne ?

21-   Comme la réflexion et l’autocritique ont été étouffées par l’arrogance et le mesquin chez TGV et consorts, il nous faut un autre régime qui assurera aux Malagasy le droit de savoir quel est l’état des lieux exact de leur richesse minières, pétrolières et exotiques après 4 années de vol en bande organisée

22-   Jean-Louis Robinson c’est la nouvelle donne, le seul espoir de remettre à plat tous les contrats douteux de cession de banque et de planche à billet conclus par l’argentier du coup d’Etat

23-   Après le coup d’Etat, contrairement à ceux-là même qui par tous les moyens ont continué à vivre des deniers publics en quémandant des postes à la HAT, Jean-Louis Robinson lui s’est intelligemment retiré pour reprendre une formation. Voilà un homme qui avance toujours, avec une soif d’évolution et de connaissance. Quand on s’applique une politique à soi-même, il est plus aisé de la transmettre par la suite.

24-   Reprendre le MAP là où il a été interrompu et y adjoindre un plan de stabilisation. Objectivement, nous ne pouvons nous complaire de la situation actuelle. Il est bon de rappeler que nous jouissions d’une croissance de 8% avant que la peste se soit installée de force dans nos institutions

25-   Roland Ratsiraka ne soutiendra pas Jean-Louis Robinson. Un homme qui n’est pas soutenu par Roland Ratsiraka ne peut pas être mauvais

26-   Par solidarité avec les médias étrangers qui auront à  citer le nom de notre futur président : Robinson vs Rajaonarimampianina. Le message ne passerait-il pas mieux ?

27-   On parle de vote ethnique, mais tous les bénéficiaires du vote ethnique sont des complices de Hery Vaovao (Camille Vital,…). La victoire de Jean-Louis Robinson remettra en cause cette manière de réduire la conscience citoyenne et politique du peuple malagasy

28-   Avec Jean-Louis Robinson, un tri du bon grain et de l’ivraie se fera automatiquement au sein de l’armée, tant nous savons que beaucoup de voix se taisent aujourd’hui  par contrainte.

29-   Jean-Louis Robinson est un ray aman-dreny. Le coup de force des voyous a démoli ce respect dû aux ainés, pourtant pilier de nos valeurs ancestrales. Je gage qu’on y reviendra une fois la racaille dégagée.

30-   Parce que Jean-Louis Robinson n’est pas le candidat de la contradiction. Quels pires hypocrisie et mépris que de parler de Hery Vaovao pour quelqu’un qui occupe illégalement le pouvoir depuis 4 ans déjà ?

31-   Jean-Louis Robinson est le candidat de la sérénité, face à la panique des bras armés chez les terroristes de la HAT. Les informations d’entre-deux tours laissent déjà filtrer les démangeaisons de la gâchette dans la tribu Rajoelina/ Rajaonarimampianina.

32-   Parce que Jean-Louis Robinson a su réveiller chez les Malagasy un nouvel espoir, l’espoir des plus modestes, affamés, étouffés, intimidés par les 4 années d’un régime stalinien. Et nous approuvons ce message.

33-   Parce qu’après un référendum bidon, une constitution sur mesure, un parlement de gros bras sans scrupules et les militaires du matin qui sont eux-mêmes les brigands le soir venu, le Hery Vaovao cherché par le camp d’en-face n’est pas un Hery Vaovao pour Madagascar. C’est un Hery Vaovao une fois de plus pour leur pomme en mal de légitimité venant du peuple,peuple que Rajaonarimampianina cannibalise depuis 4 années. Il n’y a qu’un choix possible dans ce duel, celui de voter pour le candidat qui prône le peuple d’abord.

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Elections : juste un épilogue du conflit Ra8/TGV

J-1 avant les élections présidentielles à Madagascar. 4 ans et demi après le coup d’État militaire, nous voici donc tout près du dénouement de la crise politique.

C’est une position que vont en tout cas partager les tenants d’un retour à une présidence constitutionnelle. Peu importe qui deviendra président, pour peu qu’il ait été élu. Une partie ira même jusqu’à dire, peu importe la manière avec laquelle il a été élu, (fraudes, arrangements occultes) du moment que les observateurs internationaux valident à terme le résultat final. Il s’agira donc de parachever contre eux une sorte de guerre d’usure entamée depuis bien longtemps déjà.

Une seconde frange est animée par une sorte de fanatisme exacerbée. La vie politique malgache est un ring d’affrontement de deux gourous. L’élection sera une guerre de clan où la neutralité est suspecte voire non autorisée. Elle est considérée par beaucoup comme l’épilogue du conflit Ravalomanana vs Rajoelina. Pour cela, toute la machine exécutive est démantelée pour fabriquer des armes. Le plus visible est l’annonce du futur premier ministre. Côté TGV on annonce que ce sera Andry Rajoelina. Côté Jean-Louis Robinson, le poulain de Ravalomanana, on annonce… Madame Ravalomanana.

Une poignée d’observateurs, attachés à Madagascar regardent tristement se dérouler cette mascarade avec la seule attitude sage qu’il puisse y avoir aujourd’hui : le scepticisme. Un côté nous dira « il faut nous faire confiance » tandis que l’autre « il faut tout simplement croire (minoa fotsiny ihany). Mais que dire d’une élection organisée après 5 années par le régime qui a commis le coup d’État à l’origine de la crise et qui prouve aux vu et au su de tous qu’ils peuvent impunément puiser des centaines de milliards dans les caisses de l’État pour la campagne de leur candidat? Comment croire que toutes ces bonnes âmes retourneront demain cultiver leur jardin si elles étaient évincées? D’autre part peut-on réellement imaginer que si le candidat de Ravalomanana accède au pouvoir suprême, on aura une démocratie apaisée et entièrement consacrée à la restauration du marasme actuel? Ou le scénario d’une vaste chasse à l’homme parmi les fonctionnaires, les politiques, les militaires et les opérateurs économiques marquera au moins les deux premières années du mandat?

Enfin peut-on croire que la vie suivra son fleuve tranquille entre les deux tours, c’est-à-dire entre le 25 octobre et le 20 décembre, presque deux mois? Et la toute première des questions, l’élection aura-t-elle bien lieu demain?

Tout cela malheureusement est un vaudeville qu’on aurait préféré voir dans la fiction plutôt que dans la réalité d’un pays déjà pauvre. Beaucoup sur les réseaux sociaux et ailleurs incitent à voter et voter bien. Il est légitime de se demander ce qu’est voter bien dans ce contexte. Nous avons 33 candidats et ayant fait moi-même le tour, il apparaît vite que le vote « utile » s’impose. Il devient important pour une élection logique et saine d’éliminer tous ces lambdas de pacotille qui au mieux ne savent que faire de leur argent, au pire ont une idée vulgaire et méprisante de la magistrature suprême d’un État. Au reste, l’information est une donnée quasiment inexistante, visiblement ni sur le terrain, en tout cas ni sur internet. Comment blâmer ceux qui voteront pour celui qui a donné le plus beau ou même juste le dernier t-shirt (vu qu’il se rappellera de la tête du candidat) ou pour celui qui aura organisé le meilleur spectacle?

Voter bien, bien choisir en général requiert des pré-requis important liés à l’information et à l’instruction, choses qui, si elles existaient aujourd’hui, auraient d’emblée empêché ce coup d’État de petits comploteurs minables.

Pour choisir dans cette élection, il reste le grand dilemme. Êtes-vous pro-TGV ou pro-Ravalomanana? Ou plutôt anti-TGV ou anti-Ravalomanana? Tôt au tard il faudra choisir. Il en va ainsi de toute démocratie, même en France. Et voter blanc demain reviendra à voter Malala Savaron ou Roger Kolo ou James Franklin Rakotomahanina (les illustres candidats que l’histoire ne retiendra pas, grâce à Dieu).

Niveau élection, tout bien réfléchi, nous représentons la caricature la plus fidèle du suffrage universel direct.

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La colère populaire n’est pas une sauvagerie dans les gènes des Malgaches

Les événements de Nosy-Be exposent un cas de conscience très sinueux. Et il est triste de voir que nous ne tirerons visiblement aucune leçon (une fois de plus) de ce drame. Pendant une courte semaine, chacun a eu son compte: les médias ont pu combler 46 secondes (nous y reviendrons), les extrémistes - partisans de la peine de mort et racistes notoires - ont eu leur os à ronger. Osons dire que la masse des malgaches, particulièrement à l’étranger, au-delà de la situation aimait à ce que le pays défraye la chronique. Parce qu’il est alors aisé de chroniquer et de se faire vedette sur ce que l’on connait, ou plus ou mois.

Ces exécutions populaires ont été qualifiées de « fréquentes » à Madagascar, par la dépêche AFP qui a suivi l’affaire, bien évidemment reprise partout. Le trouble est renforcé par l’imprécision sournoise de ce terme. D’une part, qu’entend-t-on par fréquent : tous les jours, les semaines, les mois? D’autre part, par cette phrase anodine, on tend à éliminer totalement la question de la victime et du bourreau. Il y a, pris dans son ensemble une populace meurtrière et puis c’est tout. Voilà comment en une phrase on fait la part belle aux tenants du « tous des sauvages ».

Il faut pourtant voir de manière très large la situation. Pour approcher au mieux de l’objectivité, il faudrait savoir se faire sociologue, anthropologue, sémiologue, philosophe et juriste à la fois. Autant dire impossible, sauf à être un charlatan, et ce n’est pas ce qui manque, nous en conviendrons.

Essayons alors de poser un point de vue et de le nuancer : Madagascar vit une crise depuis bientôt

5 ans. Ce n’est pas un gentille crise exotique ni la crise chronique des pays de l’hémisphère sud. C’est une spoliation organisée des richesses du pays et des subsides destinées à la survie de la population même. A Nosy-Be comme partout dans l’île, il n’existe plus de manne financière car y compris les revenus du tourisme vont dans la poche de la clique des putschistes au pouvoir. Ce ne sont pourtant pas les enfants à Rajoelina et sa bande qui subissent les affres du tourisme sexuel pédophile. Aussi horrible que ça puisse évoquer, comprenons que tant que le tourisme en général profitait aux locaux, à proportion acceptable, la situation reste apaisée. Elle l’est d’ailleurs encore à un certain niveau puisque tous les témoignages sur place indiquent qu’il n’y a pas de chasse au étrangers ni chasse à l’homme tout court, au grand damne de ceux-là même qui étaient tentés d’exploiter ce filon. Grande pauvreté, argent du tourisme tari, ajoutez à cela les enfants pour qui ces gens là se démènent à la tâche, afin de les nourrir, disparaissent, meurent éviscérés, sont violés, violentés. Ce genre de vindicte n’est pas fréquent tout court. Il est presque intolérable de s’en tenir là de cette manière. La colère populaire n’est pas une sauvagerie dans les gènes des Malgaches ou des habitants de Nosy-Be. Il aurait été judicieux de suggérer aussi qu’elle est le fruit d’un trop plein, d’un ras-le-bol général parce que mourir de fin est peut-être une fatalité mais mourir enfant de cette manière ce n’est pas supportable.

Vu de l’autre rive, le dilemme est incommensurable. Un bref état des lieux nous fait voir la tache qui souille la scène de réflexion : coupables ou pas. L’espoir de déceler cette question de la manière démocratiquement conventionnelle, c’est à dire devant la justice, est parti en fumée, sans mauvais jeu de mot. Comment se règle donc cette histoire? Au choix entre le pire et le moins pire. Primo, on parle communément de quatre pouvoirs. Les deux premiers sont inexistants à Madagascar, il n’est pas envisageable de qualifier d’État et de parlement l’association de voyous et de mafieux qui font office de représentants du régime de banane en cours là-bas. Le troisième pouvoir, le judiciaire est incapable en l’occurrence de quoi que ce soit et de toute façon celle-ci est corrompue de la base au sommet et s’est vendue à pas cher comme succursale de la présidence. Reste donc pour épiloguer sur cet événement les médias avec leur objectivité et ses écueils. Il n’est de plus beau cas de figure que celui-ci pour la presse qui n’est ni entravée par des enquêtes en cours ni par le secret de l’instruction pour se faire juge. Alors au gré des bénéfices du sensationnel, la balance de la culpabilité vacille. Il n’est donc pas étonnant de voir poindre à coup de patchwork de témoignages et de « on-dit » la proclamation à peine voilée de l’innocence des deux étrangers. Ce n’est pas la conclusion qui dérange ici, dans la mesure ou c’est peut-être vrai et tout ceci ne relève que d’une atrocité sans nom. C’est plutôt la méthode type enquête bachotée en 12 lignes qui doit nous inquiéter. Les lecteurs de canard et buveurs de flash infos affectionnent ce genre d’aphorismes, l’effet est dévastateur. Secundo, dans deux jours, plus personne ne parlera ni se souviendra de cette affaire, à Madagascar comme ailleurs, jusqu’au prochain lynchage médiatisé. A chacun de mettre la première ou la seconde issue dans les cases pire ou moins pire.

Avant de conclure, penchez-vous à nouveau sur la chronologie des événements et posez une réflexion sur le rôle d’un acteur-clé. Je n’ai pas une seule fois cité cette entité ici car il faudrait un billet entier pour en décortiquer la pourriture manifeste : les gendarmes. L’idée n’est pas de faire un procès en incapacité, autant enfoncer une porte ouverte, mais de réaliser que ces hommes là ont été l’élément déclencheur de ce massacre, depuis la source jusqu’au dénouement. On en reparle?

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Tant qu’il en restera un, Madagascar sera

La symbolique suggère que le 26 juin soit le jour le plus important pour Madagascar. Chacun dans son degré de patriotisme, de nostalgie, de ferveur, de sentiment d’appartenance ou de devoir citoyen cherchera à marquer un minimum cette journée. Alors dans cette masse, que dire de plus? Que pourrait-on bien écrire, préconiser ou faire qui ne sombrera pas dans la pire banalité, dans le ressassé et dans le mal-recyclé? Cruel dilemme. Heureux sont les naïfs, car eux ne voient en ce jour de fête nationale que le mot fête. Défilé, lampion, jour férié. Pour d’autres, plus pédants, ça sera une journée encore plus militante que les autres. On dénoncera encore plus, dans les médias, les réseaux sociaux et les cercles. Comprenons que dénoncer plus ici recouvre clairement une notion quantitative car les faits, les expressions et les indignations seront de toute façon les mêmes que depuis 2009.

Et si on consacrait juste une courte pensée à l’existence.

Le bilan de ces années d’indépendance est tellement loin d’être radieux. L’enfer aujourd’hui se trouve entre ciel et terre à Madagascar. Mais depuis des siècles et des siècles, Madagascar existe et les Malgaches sont vivants. S’il est vrai que tant qu’il y a de la vie, il y a de l’espoir, Madagascar n’en est pas exclu. Bien sûr qu’il est plus facile de déclamer cela, calé derrière un écran. Mais retenons qu’aujourd’hui, quel que soit notre pain quotidien, s’il n’y a pas suicide collectif de 20 millions de Malagasy, c’est que nos terres valent encore la peine d’être foulés.

Derrière ces concepts bafoués de nation et de république, pourquoi ne pas considérer le 26 juin comme la fête du Malgache en tant qu’individu. Car tant qu’il en restera un, Madagascar sera.

Ça serait tellement dommage de gâcher cette journée avec des considérations politicardes, comme on gâche déjà les 364 autres de l’année, laissons donc ça à ceux qui sont injustement payés pour ça, et à ceux qui convoitent cette paye injuste.

Il n’y a pas meilleure journée offerte par l’histoire de notre île pour faire une trêve dans les combats de la vie que nous imposent les conjonctures. Alors au diable la politique, la misère et tous ces fléaux consanguins. Souhaitons à tous les Malgaches de trouver aujourd’hui particulièrement le moyen, aussi modeste soit-il, d’être heureux.

Il y a une expression qu’on a malheureusement fini par vider de toute sa substance. Un effort de concentration sur le poids de chaque mot est indispensable pour lui redonner sa majestueuse portée: Vive Madagascar. Que dire de plus, en ce 26 juin 2013 à part : « Qu’encore très très longtemps vive Madagascar. »

Bonne fête à nous

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Non, il n’y a pas de Saint Pedro

Le Père Pedro Opeka est un personnage autour duquel gravite pas mal de concepts clés pour comprendre Madagascar, d’un point de vue presque psychique. Son passage au grand journal de Canal+ le 31 mai 2013 aura permis de refaire le point sur l’homme et ses accomplissements. Son œuvre humanitaire est considérable et on ne peut plus louable. C’est d’ailleurs pour ces actions qu’il est en lice aujourd’hui pour le prix Nobel de la paix.

Agissant à Madagascar depuis 24 ans, la génération actuelle est en grande partie née baignée dans la renommée du Père Pedro. Ni ce nom, ni ce visage ne nous sont inconnus. Religieux, vazaha (étranger), parlant malgache, la candeur incarnée, ami des pauvres, tout est présent chez Père Pedro pour séduire et asseoir durablement une posture. C’est cette posture de l’intouchable. Critiquer, ou juste songer à le critiquer est absolument tabou chez les Malgaches et où qu’ils se trouvent dans le monde. Et pourtant le Père Pedro a récemment honteusement outrepassé ses attributions religieuses et humanitaires. 2012, soit 3 ans après le coup d’État qui a porté Andry Rajoelina au pouvoir : le trafic de bois de rose est à son apogée, la situation économique est apocalyptique, les exactions militaires dans des villages reculés se multiplient, la sécurité est un luxe auquel les grandes villes sont privés. C’est dans ce contexte que le religieux salue, je cite « le courage politique de Rajoelina » et déclare, fin analyste que c’est l’opposition qui fait durer la transition. On peut se demander d’ailleurs ce qu’il pense du refus de démission dans lequel se mure aujourd’hui son ami Rajoelina, démission pourtant exigée par des textes que ce dernier a lui-même fignolés. Mais bref, passons, car ce n’est pas le fond mais la forme même qui est en cause ici. Peut-on accepter sans broncher qu’une congrégation religieuse soutienne ouvertement un régime qu’amnesty international pointe clairement du doigt? Et la justification de cet amour inconditionnel pour les putschistes est encore plus intéressante. Non pas qu’il porte un quelconque espoir vis-à-vis de la clique militaro-politicarde de TGV, qui en porterait objectivement. Le dévouement du Père Pedro envers Rajoelina résulte en grande partie de la querelle inconciliable entre lui et Ravalomanana. Comme bon nombre de soutien de Rajoelina d’ailleurs. Sur ce point, il faut reconnaître que Ravalomanana a eu des attitudes inutiles et même moralement condamnables envers Pedro Opeka et son institution. Mais on aurait pu attendre d’un religieux luttant contre la pauvreté, que le marasme installé par Rajoelina le touche plus que le soulagement de sa haine contre l’ancien président.

Le 31 mai 2013, sur Canal+, le Père Pedro a déclaré qu’il œuvrait à Madagascar parce que les grandes puissances nous avaient oublié. C’est vrai. Mais par contre pas un mot sur la situation actuelle du pays. Le prêtre a l’indignation sélective. Stratégie de communication peut-être. Il s’est contenté d’un laïus joli et convenu à souhait : « les pauvres aussi ont le droit à la beauté », « la pauvreté me choque terriblement ». Bref, un candidat en lice pour le Prix Noble de la paix.

Tout ceci est pour moi un prétexte pour dire que le Père Pedro, contrairement à la tentation qui sévit depuis des années n’est pas un saint. C’est un être humain qui a ses travers et la levée de bouclier à chaque fois qu’on critique ses positionnements politiques est un danger. Il n’est pas tabou de dénoncer les errements d’un homme, tout religieux qu’il soit. Parce que venir sur le terrain de la politique politicienne pour un homme d’église engagé dans l’humanitaire, c’est à mon sens des errements. Après 24 ans au service du pays, on peut tout à fait à juste titre considérer le Père Pedro comme un citoyen malgache à part entière. Dans ce cas, il n’est pas non plus sacrilège que de le contrer sur le terrain des idées. Car tous rapports confondus, ce prêtre semble avoir clairement propulsé un régime qui l’obligera ces prochaines années à au moins quadrupler ses villages de pauvres parce qu’il va y avoir un sacré paquet de nouveaux clients.

C’est assez incroyable parfois cet élan de canonisation dont nous autres, êtres humains, nous affublons parfois. Pour faire le parallèle avec le Père Pedro, citons l’exemple de Mère Theresa qui, elle, a reçu d’ailleurs le Prix Nobel de la paix. Il est aujourd’hui plus que jamais impensable de dire du mal de la petite sœur des pauvres, pensez-vous! Et pourtant, en janvier dernier, des universitaires canadiens ont mené de manière documentée une brève enquête qui révèle entre autre que Mère Theresa a eu des contacts douteux avec Duvalier, le dictateur haïtien. C’est une étude parue en mars dernier dans la revue Science Religieuse, consultable en ligne et intitulée « les côtés ténébreux de Mère Theresa ». Vrai ou pas, cette étude permet de rappeler que nul n’est intouchable. Il y a des vertus à suspendre parfois son jugement et ne pas plonger dans les dogmes. Madagascar en tirerait à coup sûr un bon vivier d’esprits libres et critiques pour les générations à venir, génération post-Pedro?

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Prendrez-vous une Epicure d’espérance?

Regarder avec du recul la situation de Madagascar est une des activités les plus effrayantes et désespérantes que peut vivre aujourd’hui tout citoyen un temps soit peu attaché à sa terre maternelle. Puis au fond, qu’on on finit par le toucher ce fond, il est possible de découvrir des ressources dans les abysses.

Lorsqu’on observe la conjoncture actuelle, une chose essentielle est frappante. Il n’y a plus du tout de lien ni même de référence au peuple malgache dans les débats actuels. Le peuple malgache est devenu une sorte d’entité vide, spectrale, que les responsables politiques invoquent comme on invoquerait un fantôme. Notre sort aujourd’hui se résume dans une expression qui prend tout son sens : « miandry fa gasy », tu attends parce que tu es malgache. Et nous attendons le bon vouloir d’une secte politicarde, locale comme internationale, qu’ils finissent de se disputer pour des textes, sur des démissions, des financement d’une élection sans savoir s’il va avoir lieu. Une horde de loups solitaires maudits qui se regardent, intimidant l’autre à coups de « garde bien mon siège jusqu’à ce que je te le prenne ». Et pendant ce temps, c’est pour ces imbéciles qu’on meurt.

Tout ceci fait penser à la conception qu’Epicure et Lucrèce avaient des Dieux grecs à l’époque. Sans être un athée farouche, loin de là, Epicure disaient des Dieux qu’ils ne s’occupaient pas des affaires humaines. Pour lui c’est une assemblée aux comportements puérils qui avaient trop fort à faire à se chamailler, jouer, bref faire leur vie sans se soucier le moins du monde du commun des mortels, des gens « d’en bas ». Voyons-nous la similitude? Certes, nos Dieux à nous sont infiniment moins glorieux autant dans leur vertu que dans leur intérêt historique, mais l’attitude préconisée par Epicure face à cette situation mériterait qu’on y réfléchisse, une fois que nous aurons convenu de cette fissure fatale entre ceux d’en haut et ceux d’ici.

Une marque de la culture historique et politique malgache poussera à penser comme Lucrèce, que j’évoquais au début. Lucrèce partageait l’idée de base d’Épicure  et cette idée de Dieux « absents » l’angoissait terriblement. A Madagascar, nous avons toujours porté aux nues les hommes politiques, chacun arrivant comme le messie, jusqu’à ce que nous nous rendions compte qu’il ne multipliait pas vraiment les pains. « Fanantenana vaovao », « minoa fotsiny ihany », « ento miakantra ny firenena », j’en passe et des meilleurs. Quitte à sortir le pire charognard de la meute, il en a toujours fallu un à engraisser au palais. Face à l’évidence que la politique malgache est un monde parallèle qui n’a que faire de nous, nous semblons craindre comme Blaise Pascal « le silence éternel des espaces infinis », une sorte d’apostasie, la peur d’être un animal sans tête («biby tsy misy loha »). A défaut de nous nourrir de riz, on se contente de ceux qui nous nourrissent d’espoir d’ivrognes.

Pourtant pour Épicure  ce constat est une véritable source d’espoir. A partir de là, le peuple est seul avec lui-même, responsable de son destin et son devenir. Voyez la résurgence tacite des fokonolona, notion qui n’est pas inconnu dans notre histoire organisationnelle. L’idée ici n’est pas de faire une dissertation philosophique mais de partir de l’anecdote d’une pensée furtivement lue pour trouver un autre angle pour l’avenir. Si le théâtre pathétique de ces politicards perdure, c’est le dépérissement qui attendra chaque village de la grande île. Les outils sont là, dans la boîte (comme disait l’autre) : le fihavanana, l’expérience des fokonolona, le fitiavan-tanindrazana.

Écrire ce genre de chose donne toujours l’impression affreuse de celui qui parle, bien au chaud. Celui qui parle, uniquement. Mais soyons clairs, le but n’est pas de faire un plan, ni viser quoi que ce soit, en quoi serions-nous alors différents de ces Dieux incapables et irresponsables? Il n’y a qu’un objectif : lancer une petite musique. Et le peu d’écho que cette idée un peu folle aura, le peu de personnes qui la recevra saura à coup sûr l’étayer dans son mécanisme cérébral, jusqu’à sortir, pourquoi pas un jour, une traduction politique dans le cœur même de la masse populaire. Après tout, ne dit-on pas : atsipy ny tady eny an-tandroky ny omby, atsipy ny teny any ampon’ny mahalala?

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La justice dans sa prison d’Etat

"Il était une fois un roi. Il était une fois un oiseau. Un oiseau dans une cage dorée, spacieuse et confortable. Chaque jour le roi demande à l’oiseau ce qui lui ferait plaisir. Chaque jour l’oiseau répond : la liberté. Mais le roi ne veut pas la lui donner" Le Roi et l’Oiseau, Prévert

Il y a, au fond, quelque chose d’étonnant à l’indignation politique face aux décisions de la CES. De tout temps, chaque pouvoir s’est fabriqué une justice à sa convenance et à sa solde. C’est assurément pourquoi l’alternance à Madagascar s’ est toujours faite en même temps au sommet du pouvoir et en prison. Ce qui est inquiétant c’est la forme même des protestations qui semblent plus porter sur une sorte d’absence de “fair-play” des juges électoraux que d’une affirmation claire d’un principe suprême d’indépendance des autorités judiciaires. Certes, d’imminents textes posent cette notion, présente également dans tous les serments, mais ici plus qu’ailleurs,  les serments n’engagent que ceux qui y croient disait un politicien de haut rang. Facile à dénoncer, mais comment après tout ne pas céder à une sorte de fatalité? Comment prétendre diriger demain l’île en se coupant du bras armé que constitue l’appareil judiciaire?
Comprenons ici qu’à Madagascar,  il n’y a pas de juges, il n’y a que des procureurs. Des agents de l’état,  au minuscule, tant cette institution n’est incarnée que par un régime en place, sans aucun ancrage politique déterminé. C’est d’ailleurs la raison du caractère relativement éphémère de nos partis de gouvernement. La critique de notre justice ne se fera que par une remise en cause de notre modèle politique et démocratique. A Madagascar,  nous vivons une forme alternative de monarchie sèche et absolue. D’où l’éternelle polémique contre la HCC et les formes farfelues de “gardiens” de textes suprêmes comme la CES, qui, on le voit bien ne repose en vrai que sur des directives du pouvoir en place. Le Président dispose sur son lit de justice,  de manière irrévocable, comme le fit naguère le roi soleil. Et la justice,  autrefois appelé parlement,  ne fut qu’une chambre d’enregistrement. Tout ce système ne prospère que pour une simple raison : l’idée que se font de la gouvernance les prétendants à la charge suprême de l’Etat. Une personnalisation à outrance du pouvoir, aucune vocation ni idée. Paradoxalement, c’est la fin de la monarchie qui a marqué le début de cette crise de vocation chez nous. Depuis, il n’existe d’homme d’Etat et de patriotisme que dans les discours. Voyez bien ce système d’ancien régime où la charge s’ achète à coups de tee-shirts et de casquettes.
Pour une réelle indépendance de la justice, osons rêver un jour de l’avènement d’un bâtisseur, un personnage capable de penser l’Etat avec pragmatisme et non à travers le filtre d’idéaux candides auquels il est le premier à ne pas croire. Les juges malgaches se savent d’emblée sous la houlette du pouvoir parce que telle est l’organisation logique de ce qu’on ose encore appeler “res publica”. Donnons-leur un minimum de liberté d’exercer ce pour quoi ils se sont engagés à travers leurs études et ils trouveront eux-mêmes les mécanismes pour protéger cette precieuse prérogative. Car il serait péremptoire de postuler que les magistrats malgache soient plus incompétents ou plus corrompus qu’ailleurs. Il y a les brebis galeuses et les prisonniers d’un système scélérat. Croire qu’ils ne cheriraient pas l’indépendance est difficilement pensable.
Demander à la CES d’exercer le droit au sein d’un régime de coup d’état, c’est aussi absurde que demander à un machot d’applaudir en cadence. Il n’y a dans la situation actuelle que deux réactions possibles, imposer la révolution par la rue, ou alors se plier à leur règle du jeu sans état d’âme pour corriger les choses à sa sauce après l’élection. C’est malheureusement le scénario qui se prépare sereinement aujourd’hui. Quoi qu’ il en soit, un système si bien installé ne se détruira dans la soie mais dans l’acrylique. À bon entendeur, salut. Et s’ il vous en reste, du courage, trouvez la dernière phrase du Roi et l’Oiseau.

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L’église, l’armée in La peste et le choléra

Il ne manquerait plus que ça au cancer que constitue ce régime de coup d’Etat et ses métastases, du sommet à la base. Au vu des derniers développement des affaires politiques à Madagascar, il est malheureusement probable que la peste et le choléra nous aient aussi gangrené. Autant, l’expression populaire invite tout individu à opérer entre l’un et l’autre fléau un choix ingrat. Autant à nous, même ce choix entre la peste et le choléra nous est interdit. Ça sera un pack complet avec promesse de bubons et autres déshydratations, s’il est toutefois encore possible d’assécher plus la démocratie, la conscience politique et les richesses économiques du pays. Ainsi donc nous avons droit ce matin aux résolutions de la FFKM, confédération des églises chrétienne. Il est de bon ton, depuis des décennies de confieraux grenouilles de bénitiers, une certaine tâche consistant à rétablir pour le compte de la politique un semblant d’ordre moral. Regardons donc dans l’histoire et cherchons ensemble ce qu’a apporté ce recours à l’église dans la moralité politique à Madagascar. Il est peut-être pas encore trop tard pour reconnaître que la FFKM n’a jamais été et ne sera à jamais qu’ une fantasque autorité folklorique. Entendons nous bien qu’il s’agit ici de politique, car il nous faut croire que comme autorité au sein de la religion, elle a sûrement son importance. Si encore les incursions politique de l’église étaient sans effet et avaient un sens. Mais en voyant ce matin les résolutions des saints enrobés, deux questions affreusement irritantes se posent. Premièrement, quelle est cette obsession de l’église de vouloir remettre en selle tous les anciens présidents, avec une organisation institutionnelle d’une complexité sans égale et en bonus un éternel report des élections. Ici comme ailleurs, les églises accusent un retard monstre. Elle a sans doute raté l’appel au ni-ni, aujourd’hui allègrement bafoué après avoir été juré aux 22 millions de Malgaches. Elle n’a sans doute pas non plus compris qu’au bout de 4 années de transition, il est primordial que se tiennent enfin les élections et que le gage demandé est, en dépit des malheureuses intrigues que prépare sans doute la clique de putschistes au pouvoir, c’est d’avoir une institution débarrassée de toute émanation politique, uniquement chargée de préparer techniquement les élections et expédier les affaires courantes. Si aujourd’hui la FFKM en est encore à cette vieille formule éculée de présidence collégiale des mouvances et autre premier ministre de consensus, du déjà vu voyez-vous, c’est qu’elle n’a rien d’autre à présenter, le miracle semblant opérer sur tous les handicapés de l’île mais pas sur l’appareil étatique. D’où la deuxième question : quelle est la plus-value de la qualité de confédération religieuse de la FFKM? Qu’ont-ils apporté de plus que si on avait confié cette mission à la fédération des cultivateurs de riz ou à l’association des anciens de Paul Minault? En regardant bien, rien à part une pseudo influence prompte à semer les bactéries qui rajoutent de la confusion à la confusion déjà énorme, et faire les choux gras d’une transition qui ne demande rien de mieux que s’eterniser.Voilà comment à force de louer l’Éternel, on veut instaurer l’idée d’éternité un peu partout, y compris dans un regime transitoire de coup d’État. La peste au service du cancer, modèle de solidarité peut-être? Et voici que dans cette agitation, le diable se fait entendre aux portes de l’église. Car oui nous avons également droit à la réaction officielle de l’armée, puisque qu’elle sort de la bouche d’un officier, en l’occurrence le général Rabarisoa. Ne nous arrêtons ni au nom ni au rang, il est nécessaire de rappeler pour des raisons de santé de la concience que les officiers de l’armée malgache sont des pacotilles dont la plus mémorable guerre fut sans doute celle menée contre les criquets dans le cadre d’opérations anti-acridienne. Cette parenthèse refermée, l’armée rejette donc l’idée de repousser les élections. Sans doute intéressant comme remarque si on oublie le fait que ce sont ces mêmes gradés qui ont instauré ce régime de coup d’Etat. Il est donc à craindre que les militaires cherchent d’avantage à officialiser le régime qu’ils soutiennent et qu’ils veulent bien continuer à soutenir tant qu’ils sont abreuvés de milliards d’ariary.Nous voilà donc plus que jamais à la merci du virus qui nous vide depuis 4 ans de nos liquides vitaux par tous les trous. Pauvre pays où la Grande Muette ne fait braille sans discontinuité. Pauvre pays qui a enfanté d’une hideuse bête prêt à tout pour se retourner contre sa propre patrie pour quelques sous. Si nous voulons un jour guérir de ce choléra, il faudra clairement se résoudre à faire taire définitivement la Grande Muette.

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Lettre ouverte aux twittos, candidats à l’élection présidentielle à Madagascar.

« Il est bon de parler, meilleur de se taire, mais tous deux sont mauvais alors qu’ils sont outrés » La Fontaine, L’ours et l’amateur de jardins

Mesdames Messieurs,

Depuis bien longtemps, Twitter est un bouillon de culture des idées politiques, économiques et sociétales concernant notre île. Il ne se passe pas un jour où des discussions ne s’établissent ici entre des individus qui ne prétendent à rien d’autre qu’à s’enrichir mutuellement de perspectives. Cela pourrait paraître prétentieux à vos yeux, aussi convoquerai-je l’histoire pour vous rappeler que sur ce genre de réseau social se sont en partie construits des événements conséquents comme le printemps arabe ou l’élection de Barack Obama. Certes, on n’édifie pas le devenir du monde ou d’un pays en 140 caractères. Certes, nous ne sommes pas 20 millions de Malagasy connectés, loin de là, mais ici transite une frange représentative de ce que pourrait être la jeunesse de demain. Il y a parmi les gazouilleurs malgaches des entrepreneurs, des journalistes en herbe, des lambdas, des étudiants, des sans-opinions, des écolos, des doux rêveurs. Notre point commun à tous, c’est l’attachement à notre origine revendiquée, et au-delà l’effarement face à la situation actuelle de Madagascar

Alors vous voilà parmi nous, avec une timide démarche souvent bien maladroite. Des timides et des maladroits, nouveaux venus, nous en avons tous les jours, venant au début en badauds, le temps de prendre une assurance qui leur permettra de s’installer confortablement au milieu de l’agora. A la différence près que ces gens là ne courent pas après une élection, qui plus est présidentielle. C’est un réel plaisir que de vous voir dans ce microcosme qu’est Twitter. Mais au nom de tous les dieux comprenez le sens et l’enjeu d’un réseau social. Vous venez sur un terrain rempli de chats échaudés, où la méfiance envers les politiques malgaches est une règle solidement ancrée, et ce de manière justifiable et justifiée. Alors au moins venez rassurer et apporter une valeur ajoutée. Force est de constater Mesdames et Messieurs que la première impression que vous suscitez ici augure du sérieux avec lequel vous considérez les enjeux d’une élection présidentielle. Aucune formule ouvrant à un débat démocratique, aucune horizon phare permettant de vous situer dans l’avenir proche à la tête du pays. Vos tweets se résument à des slogans d’une banalité crasse ou neu-neu, ou les deux. Quand il ne s’agit pas que de liens menant vers une page facebook bricolée un après midi ou des photos amateurs montrant 36 fois que vous avez un sourire, certes moins mystérieux que celui de la Joconde, mais pas repoussant pour autant non plus. Vous avez sans doute là une belle opportunité de montrer que la politique c’est aussi l’art de convaincre, de partager, de provoquer des adhésions ou des oppositions démocratiques. Oui, les campagnes présidentielles de grand-père consistaient à distribuer tee-shirts et casquettes, bredouiller deux-trois promesses arc-en-ciel et être élu. Opérons un virage. Pourquoi ne pas essayer de rallier le peuple cette fois-ci grâce à des idées? Et bien Mesdames et Messieurs, expérimentez donc cette formidable avancée ici, sur Twitter, c’est gratuit. Interagissons, distillez des formules chocs, des propositions révolutionnaires, au point où nous en sommes tout peut être envisagé. Au fond ce qui compte ce ne sont pas les 140 signes mais un signe fort révélant votre positionnement.

Alors au plaisir de vous croiser, de vous parler, de vous retweeter et pourquoi pas de dessiner avec vous le printemps malgache avec de vraies fleurs, et non plus le fer des kalachnikovs. Au fait en parlant de fleurs, savez-vous celles que l’on préfère par ici? Ce sont les pensées.